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Camille Miceli

J’ai connu Camille aux postes successifs d’attaché de presse chez Chanel, où elle est restée huit ans, puis de directrice de communication chez Louis Vuitton. Je la connaissais donc moins en tant que créatrice. Elle est aujourd’hui directrice de la création des accessoires chez Christian Dior.

Et je me demandais comment on pouvait passer de la com à la créa, mais après notre discussion j’ai compris qu’elle avait eu la chance de bénéficier de l’expertise des grands créateurs avec lesquels elle avait travaillé et que Marc Jacobs, chez Louis Vuitton, avait été son pygmalion. Il lui a donné carte blanche sur l’orchestration des shows ainsi que sur la création des créoles Monogram. Pour ensuite lui proposer de le rejoindre au studio, au département bijoux fantaisie.

J’ai adoré l’énergie communicative de Camille et son franc-parler, c’est une créative instinctive qui ressent les choses. Malgré la hauteur de ses talons Alaïa, elle garde les pieds sur terre et suit les changements de notre époque. Les drames comme la catastrophe au Japon la font relativiser et ce détachement par rapport à la mode lui donne des idées novatrices qu’elle accomplira ou non pour la maison Dior, mais qui seront certainement source de recherches dans son studio. A suivre de prêt dans les prochaines collections accessoires Christian Dior !

- Quel a été ton parcours professionnel ?

J’ai commencé très jeune par un stage chez Alaïa pendant mes études. Après mon bac, je suis allée chez Chanel grâce à Marie-Louise de Clermont-Tonnerre pour coller des coupures de presse.

Après, ils m’ont offert un poste à la presse, j’étais pleine d’enthousiasme. A l’époque, chez Chanel, c’était une petite famille : Gilles Dufour (l’oncle de mes meilleures amies d’enfance) travaillait là bas. Je touchais à plusieurs choses : je m’occupais des shoppings pour les journalistes, je leurs proposais des looks, je faisais des previews pour Karl et j’assistais Sophie Lorthiois sur les productions défilés. Sophie m’a appris une méthode de travail qui a consolidé ma formation chez Alaïa.

Puis j’entends parler du projet de prêt-à-porter chez Louis Vuitton qui m’excite à mort, et là, je fais marcher mon réseau. J’appelle Naomi [Campbell], je rencontre Marc Jacobs furtivement et j’ai le job !!! J’arrive en avril 97 pour une période de réflexion d’un an avant le premier défilé en mars 98. On lance la ligne de sacs Monogram vernis qui marche bien. J’étais impliquée dans tout ce qui était créatif : le choix de la salle des défilés, les décors, les invitations et dossiers de presse qui devait véhiculer l’image mode de Vuitton auprès des journalistes (étui à passeport transparent, pochette, porte-cartes…).

Après la naissance de mon fils, j’avais besoin d’un nouveau souffle et j’ai souhaité arrêter la com. Marc Jacobs m’a gardé au studio pour la prod des shows et ensuite pour la création de bijoux, il m’a vraiment mis le pied à l’étrier !

- Tu as travaillé auprès de grands créateurs, qu’est-ce que tu as appris à leurs côtés ?

Chacun m’a apporté dans son domaine. Alaïa m’a apporté la rigueur et l’amour des choses bien faites, Karl m’a appris tout ce qui est raisonnement autour d’une marque… C’était hyperintéressant. Et Marc m’a appris à penser merchandising et à construire une collection pour une boutique. En plus, il m’a donné une énorme liberté, car c’est un type qui est dans l’échange.

- Quelles sont tes inspirations pour créer ?

La matière est très importante pour moi, donc je fais des recherches, je vois pas mal d’artisans. Après, j’ai surtout des envies par rapport à l’air du temps, c’est un truc de ressenti !

- Est-ce que tu as une définition de ton univers?

Je pense que c’est important de s’effacer soi-même lorsqu’on bosse dans une maison de marque. Je ne fais pas des choses pour moi je fais du Dior !

- Quelle est ta façon de travailler?

Généralement, je suis des envies sans avoir besoin de référence mais je me plie à l’exercice des moodboard parce que c’est aujourd’hui une étape nécessaire, pour les équipes marketing notamment.

Je fais aussi des esquisses et je travaille pas mal sur Stockman pour les volumes, car j’aime faire des choses moi-même (je monte et je soude les protos). Je me rends aussi dans les usines pour rencontrer les fabricants, je travaille sur les matières car j’adore ça.

Pour la maroquinerie, je travaille très étroitement avec les deux personnes qui font les recherches de matières, ensuite je donne un mood aux stylistes et on travaille à partir de là.

-  Comment est composé ton équipe?

Aux bijoux, j’ai une équipe de deux stylistes plus une fille pour les recherches de matières et le suivi des commandes et une assistante. A la maroquinerie, c’est une plus grande équipe.

- Comment c’est, Dior sans Galliano ?

On est en plein changement, donc on va voir ce qui va se passer. Mais c’est une période très intéressante pour la maison. Et il ne faut pas se presser dans ces moments-là. En attendant, il y a une équipe aux studios avec des gens fantastiques qui peuvent assurer les prochains défilés.

- Quelles sont tes envies shopping en ce moment ?

Je suis très concentrée sur la déco parce que je viens d’emménager et je suis à fond sur ma maison. La mode, en ce moment, m’intéresse moins ; il y a des choses tellement plus majeures qui se passent dans le monde et je me suis rendu compte que j’avais trop de trucs, je vais vendre des choses.

- Quels sont tes 3 basics?

Une paire de talons Alaïa, un collier de perles Dior et un t-shirt Watanabe ou Tao

- As-tu un bon plan shopping ?

Le marché de l’Alma, pour les fruits et légumes du maraîcher Thiebault.

- As-tu un remix mode ?

C’est toujours un truc d’Azzedine ! Plutôt une jupe (Alaïa) que je peux porter soit avec un t-shirt, soit avec une veste Dior et une grosse ceinture.

- Quel est ton matériau de prédilection chez Dior?

Les perles.

- As-tu un accessoire fétiche pour la plage?

Un paréo.

- Bijoux + bikini, quel est ton avis?

J’ai deux bijoux de corps que je ne quitte jamais : la chaîne Soumission, de Victoire de Castellane pour Dior, et la chaîne de ventre en or que j’avais faite pour Vuitton.

- As-tu une food-fixette ?

Des bons produits de saison qui viennent de bons agriculteurs, mais pas forcément bio, car à force de dire que tout est bio, il y a un truc qui ne marche pas et on va vite en sortir.

- Quel est ton moyen de transport ?

Mes pieds (même avec des Alaïa) et ma vieille Mini.

- Après cette interview, que vas-tu faire?

J’ai deux autres interviews et après je vais déjeuner avec une copine.

Portrait Nicolas Hidiroglou

  • http://SiteWeb H H

    super interview!!! :)

  • http://SiteWeb maryse perron

    très beau parcours professionnel , bravo pour l’interwieu